9 octobre 2026, Bruxelles
18 ans. Gazé à bout portant, roué de coups de matraque, de pieds aux épaules aux jambes et au visage, traîné au sol : fracture du nez, 2 dents cassées et 9 jours d’ITT
Manif des djeunes à Bruxelles
Ilyes, Anderlechtois de 18 ans, asthmatique et plutôt fragile, a fait connaissance avec les forces anti-émeutes sous le pont de chemin de fer de la gare de la Chapelle, où des “policiers” casqués se sont acharné.e.s à coups de matraque et de coups de pied alors qu’il est à maîtrisé à terre, avant de le traîner au sol vers un combi.
Ilyes devait déposer sa sœur à la gare du Midi et quitte son domicile vers 11:00, loin de se douter de ce qui l’attendait…
“Puis, vu que la veille, les professeurs avaient parlé de la manifestation en disant qu’on avait le droit d’y aller, je me suis dit que j’allais voir ce qu’il se passait à la gare Centrale. Là-bas, je regarde les groupes de manifestants. A ce moment-là, il faut savoir que tout était pacifique. Et, au moment où je vois que certains commencent à mettre le feu, à incendier des trottinettes, mon réflexe est de partir. Car depuis que je suis petit, on m’a éduqué dans l’idée que lorsqu’il y a des problèmes, tu t’écartes.”
Étant TDAH et dans ma bulle, il m’arrive d’être profondément dans ma tête quand je marche. D’un coup, je réalise que des gens courent à ma gauche et à ma droite. Je reviens à moi, je tourne la tête pour voir ce qu’ils fuient et je vois une ligne de quinze policiers anti-émeutes, qui me foncent droit dessus, matraques en main. Je me mets aussi à courir. Normal, je n’ai pas envie de me faire foncer dessus.
Je me fais sauter dessus par une policière. Un de ses collègues arrive et me tire avec elle vers l’entrée du tunnel. De là, je me fais maîtriser au sol en me prenant des dizaines de coups de matraques alors que je ne réplique pas. Un s’est acharné au niveau de ma jambe, un autre m’a donné les coups au niveau de l’épaule, où j’ai encore les hématomes. En me tirant ensuite pour me faire entrer dans la camionnette, on me donne un coup de pied dans le visage, ce qui m’a fracturé le nez et cassé deux morceaux de dents.
Quatre policiers qui étaient à l’arrière avec moi ont continué à me rouer de coups. L’un avait mis sa jambe sur mon torse pour me maintenir au sol. A un moment, il relâche la pression et continue de me frapper. Moi, par réflexe de survie, j’essaye de me relever. Et là, l’un d’entre eux sort sa bonbonne et me gaze dans les yeux, le nez et la bouche. Ils se sont gazés eux-mêmes, au passage.
L’un d’entre eux me pose ensuite la question suivante : “Quelle est ton origine ?” Je réponds : “Belge”. De là, son collègue, qui était démasqué, lève sa matraque dans les airs et me dit : “Vas-y, redis ça, donne-moi une raison de te remettre un coup dans la gueule.” Ce même policier, d’ailleurs, m’avait auparavant insulté à plusieurs reprises de petite soumise, de petite pute, de petite salope : “Quand t’es pas avec les autres, tu fais la pute.”
Pendant le trajet, l’un des policiers m’a dit, en faisant référence à mon apparence et à mes vêtements : “Avec la gueule et les vêtements que tu as, on sait que tu fais partie d’eux.” » Je lui dis oralement : “Madame, vous m’avez cassé une dent.” Elle me rétorque : “Pauvre chou.”
À vingt-cinq en cellule, on a dû supporter les odeurs d’urine pendant quasiment quatre heures, car des personnes ont uriné sur les murs faute de toilettes. Tout du long, je n’ai fait que demander à boire, à manger et à accéder à un médecin. On m’a tout refusé. Sachant qu’au bout d’une heure, deux policiers sont venus et ont donné deux gaufres et deux bouteilles d’eau, pour vingt-cinq personnes.
J’ai demandé à un policier comment je devais procéder pour demander le remboursement des frais. Il m’a conseillé de prendre des photos et de consulter “le site”. Je lui ai dit que j’étais innocent, il m’a répondu que j’étais un “dommage collatéral”.
On peut dire que cela m’a traumatisé. J’ai développé une peur de la police. Alors qu’à l’époque, je disais bonjour lorsque je croisais un agent, j’avais du respect. Je n’ai aucune raison de casser mon pays. Et honnêtement, je l’aime, ce pays. Mais comment voulez-vous l’aimer, après une chose pareille… Vous respectez votre pays et ce que vous recevez en retour, ce sont des coups de matraques, des insultes…
Honnêtement, avec mon souffle au cœur, j’aurais pu mourir.“
La version de la police
Une fois n’est pas coutume : le poulailler n’a fait aucun commentaire sur cette affaire, filmée sans équivoque et diffusée sur les réseaux avant que le porte-parole de la flicaille ne puisse polluer avec un narratif laudateur.
La version du bourgmestre
Philippe Close, le bourgmestre vedette incontestée de la répression à Bruxelles depuis octobre 2025, par crainte de trop se mouiller sans doute dans une affaire qui sent fort le soufre pour la flicaille, ouvre grand le parapluie tout en glissant un mot pour cajoler ses troupes. Au Soir qui l’interroge après un entretien avec Ilyes, il invoque sans surprise la séparation des pouvoirs pour justifier son silence puis :
“La manifestation a été marquée, en marge du cortège, par des dégradations importantes et des actes de vandalisme particulièrement violents, notamment contre des commerces et des véhicules, ainsi que par des jets de mortier, de pavés et de piquets de bois envers les policiers. Et ce, dès le matin, avant même le début de la manifestation. Les interpellations sont intervenues dans ce contexte. […]Les policiers exercent leurs missions dans des conditions extrêmement difficiles et avec de réels risques pour leur vie. Nous l’avons encore vu récemment avec le triste meurtre de Nordine El Talbi.“
La version de la justice (?)
L’avocate d’Ilyes Joke Callewaert devrait déposer une plainte au procureur du Roi de Bruxelles contre « X » et contre la zone de police Bruxelles-Capitale-Ixelles pour “actes de violence avec circonstances aggravantes et mobile discriminatoire“, “menaces avec mobile discriminatoire“, “injures et sexisme“, “arrestation arbitraire“, “abstention coupable” et “traitement dégradant“.
Par ailleurs, selon Bruzz, le Comité P aurait déjà reçu 20 plaintes pour le 9 octobre dernier, et 6 pour le 17 octobre. À suivre donc, mais pas la peine de miser trop sur ces procédures quand on connaît le palmarès du Comité P, qu’on devrait renommer Comité Plaintes pour son efficacité à recevoir les plaintes plutôt qu’à les faire atterrir sur le bureau d’un juge…
Violences physiques
| X | Arrestation |
| X | Détention |
| X | Bousculade / projection |
| Plaquage ventral mise à plat-ventre / décubitus ventral | |
| “Pliage” (maintien d’une personne en position assise, la tête appuyée sur les genoux) | |
| X | Clés aux bras douloureuses |
| X | Coups de pieds, coups de poings, gifles |
| Pied/genou sur la nuque, le thorax ou le visage | |
| X | Coups à terre ou alors que la victime est maîtrisé.e |
| Coups sur les oreilles | |
| Étranglement | |
| Doigts retournés | |
| Arrosage | |
| Morsures de chien | |
| Tirage par les cheveux | |
| X | Serrage douloureux des colsons ou des menottes |
| X | Tirage par les colsons ou des menottes |
| Sévices sexuels | |
| “Tamponnage » / “Parechocage“ (percussion par un véhicule de police) | |
| X | Usage de gants |
| Usage d’arme à feu | |
| Usage de “Bean bags” (un sac de coton contenant de minuscules billes de plomb) | |
| Usage de FlashBall | |
| Usage de grenade assourdissante | |
| Usage de grenade de désencerclement | |
| Usage de grenade lacrymogène | |
| Usage de LBD40 | |
| X | Usage de matraques |
| X | Usage de spray lacrymogène |
| Usage de Taser | |
| Usage de tranquillisants | |
| Enlèvement | |
| Torture, traitements inhumains et/ou dégradants | |
| Expulsion | |
| Disparition | |
| Exécution |
Violences psychologiques
| X | Accusation de trouble à l’ordre public |
| Accusation d’entrave à la circulation | |
| Accusation de rébellion | |
| Accusation de coups à agent | |
| Accusation de manque de respect | |
| Accusation de menace à agent | |
| Accusation d’injure à agent | |
| Accusation de manque de respect | |
| Accusation de refus d’obtempérer | |
| X | Agressivité, manque de respect, insultes |
| X | Intimidation, chantage, menaces |
| Contrôle d’identité à titre vexatoire ou d’intimidation | |
| Intimidation ou arrestation des témoins | |
| Simulacre d’exécution | |
| Obstacle à la prise d’images | |
| X | Appels à faire cesser les souffrances restés sans effet |
| Position inconfortable prolongée | |
| Non-assistance à personne en danger | |
| Prise de photos, empreintes, ADN | |
| Menace avec une arme de poing | |
| Tir dans le dos | |
| X | Charge sans avertissement |
| Nassage (enfermement de manifestants dans une souricière) | |
| Course-poursuite | |
| X | Propos sexistes |
| Propos homophobes | |
| X | Propos racistes |
| Intervention dans un lieu privé | |
| Problèmes de santé mentale | |
| Harcèlement | |
| X | Fouille |
| Perquisition | |
| Violences de la part de collègues policiers | |
| Passivité des collègues policiers | |
| Défaut ou refus d’identification des policiers | |
| Refus de prévenir ou de téléphoner | |
| Refus d’administrer un éthylotest | |
| Refus de serrer la ceinture pendant le transport | |
| Refus d’acter une plainte | |
| X | Refus de soins ou de médicaments |
| Mensonges, dissimulations, disparition de preuves | |
| Déshabillage devant témoins de l’autre sexe | |
| Flexions à nu devant témoins | |
| Insuffisance ou absence de surveillance pendant la détention | |
| Absence de signature du Registre des effets personnels lors de la détention | |
| X | Privations pendant la détention (eau, nourriture) |
| X | Conditions sanitaires inappropriées pendant la détention (température, hygiène, lumière) |
| Privation de sommeil | |
| Confiscation, détérioration, destruction des effets personnels | |
| Vol ou destruction d’images | |
| Pression pour signer des documents | |
| Absence de procès-verbal | |
| Complaisance des médecins |
- 09.10.2026 – Agression d’Ilyes
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- Dernière mise à jour : il y a 48 minutes - Publié le
Source : Le Soir

