Aggravation des interventions policières brutales et illégales singulièrement lors de manifestations ou rassemblements citoyens
DROIT DE MANIFESTER
Il n’est jamais inutile de rappeler un principe de droit : si l’on souhaite exprimer publiquement une revendication en groupe partageant les même convictions ou valeurs, en vertu du droit international il n’est pas obligatoire d’avoir obtenu une autorisation, ni pour organiser, ni pour rejoindre une manifestation. Il s’agit bien d’un droit protégé par le droit international et non pas d’un privilège comme le font sous-entendre bien des autorités communales. Le subordonner à des autorisations contredit donc les normes internationales.
Dans les faits, une commune peut toutefois, en l’absence de notification, considérer à tort une mobilisation comme illégale et décider de l’interdire. Le risque d’une amende a posteriori existe alors. Même les contre-manifestations sont protégées par le droit de manifester pour exprimer un désaccord vis-à-vis d’une autre mobilisation, par exemple les antifas se mobilisent à l’occasion d’un rassemblement de fachos. Il faut alors tenir compte que pour ne pas commettre d’infraction pénale, il ne peut s’agir de l’entraver par la violence, la menace ou autre.
Ceci étant précisé, il est encore bien plus interpellant, voire choquant, d’observer la manière dont les instructions sont données aux « forces de l’ordre » pour museler et réprimer toute une série d’événements comme nous l’observons actuellement et de plus en plus fréquemment depuis octobre 2025.
RÉPRESSION
La répression s’exerce par les forces de police, avec une violence croissante et de manière désinvolte et grossière. Comme d’autres, ObsPol observe un glissement vers des processus davantage répressifs, tels qu’ils ont été commis lors de la manifestation du 14 octobre 25 à Bruxelles, de même qu’un recours à des méthodes offensives ignorant allègrement le droit de manifester : matraquages à la tête, usage de gaz lacrymogène même en présence d’enfants, canons à eau, interpellations aléatoires, brutalités ciblées et recours fréquent à des interventions de policiers en civil dissimulés.
Le 2 octobre 2025, aussi ce fut un déballage démesuré lorsque des manifestations ont eu lieu en solidarité avec Gaza à Bruxelles et d’autres villes, pour protester contre l’interception par Israël de la Global Sumud Flotilla. La manière avec laquelle la police a procédé à la dispersion des personnes rassemblées pacifiquement, suscite de très inquiétantes questions quant à l’usage de la force administrée.
DÉCOMPLEXION
La répression se fait évidemment de manière d’autant plus décomplexée lorsqu’elle vise des personnes en situations précaire comme ce fut le cas lors de la tentative d’évacuation policière d’un squat à Anderlecht le 17 octobre 2025. Environ 70 personnes dont des enfants, des activistes et soutiens ont tenté de s’opposer à l’opération d’expulsion qui met les gens à la rue. La police a utilisé deux canons à eau, des lacrymogènes et des matraques pour disperser le groupe. Quel déploiement despotique digne de la répression d’une émeute !
GLISSEMENT DANGEREUX
Par ailleurs ces comportements policiers portent atteinte à « l’éthique policière ». Celle-ci requiert le respect de la dignité humaine ici foulée au pied, la proportionnalité de l’usage de la force qui semble un concept inconnu à ces forces de l’ordre sur le terrain et ce, de la part de la police censée protéger les citoyens, non les agresser. Ajoutons qu’à titre individuel l’agent manque à son devoir moral et professionnel et au niveau institutionnel, la tolérance voire la justification des ces violences représente une claire participation à ces abus.
De manière globale nous observons un rapide glissement vers des méthodes de plus violentes et répressives mettant à mal le droit fondamental qu’est le droit de manifester. Notamment par l’usage massif de moyens comme : matraquage systématique à la tête, gaz, canons à eau, nasses illégales, policiers en civil se lâchant férocement contre des manifestants pacifiques.
ObsPol et d’autres lieux ont récolté un grand nombre de témoignages de violences physiques individuelles telles que matraquages, blessures, interpellations arbitraires, usage de la force en marge de la manifestation ou après dispersion, mais aussi des insultes et des provocations, des cas de non-assistance à personne en danger et l’usage de policiers en civils se défoulant allègrement à l’aide de leurs matraques.
TEMOIGNAGES DIRECTS
Le nombre de témoignages directs reçus est impressionnant. Des victimes de ces violations décrivent des blessures ouvertes au crâne, dans le dos, sur les membres tout comme de profonds traumatismes psychiques après avoir été confrontées à de tels déferlements de violences.
Les victimes nous ont fait parvenir en plus de leur récit, des images qui font froid dans le dos. Coups et blessures volontaires et à fond la caisse sur des personnes parfois déjà au sol, parfois en fuite, parfois venant en aide à des camarades.
ORDRES
Ces comportements inacceptables auraient-ils pour but de décourager les manifestations s’opposant aux bien-pensant.e.s gouvernant.e.s ?
Sur le terrain c’est le commandant de l’opération (chef de corps local ou officier fédéral) qui dirige les unités en prenant les décisions tactiques en temps réel : positionnements, charges, utilisation de moyens lacrymogènes, arrestations administratives, etc. Mais la stratégie globale est décidée plus avant par le bourgmestre qui reste l’autorité principale pour le maintien de l’ordre public dans sa commune.
C’est bien lui qui peut : autoriser, interdire ou encadrer une manifestation, décider du dispositif policier et donner des instructions à la police locale. Mais sur le plan fédéral c’est le ministre de la Sécurité et de l’Intérieur, actuellement Bernard Quintin (MR) qui est responsable de la police.
Il fixe les grandes orientations et peut mobiliser des unités fédérales comme la Direction des unités spéciales ou les escadrons anti-émeute.
Il faut bien savoir d’où vient le vent ! Les services de police restent le bras armé de l’État. La recrudescence de la violence tranquillement revendiquée, passant outre les élémentaires lois et règlements, la grossièreté des flics impliqués sont autant d’éléments qui devraient réveiller les responsables qui se targuent de donner des leçons.
Les victimes, elles, sont laissées à leur injuste sort.
Certaines se regroupent néanmoins afin d’introduire des actions en justice, ce qui nécessite des moyens importants de coordination, de récolte de témoignages, de frais de défense. Des victimes évidemment non préparées à ce genre de fonctionnement, contrairement aux autorités bien loties. Récemment devant l’urgence, ObsPol a endossé une partie de la coordination afin de les soutenir car l’union fait la force !

